Transformations individuelles et inter-individuelles au sein de recherches associant les sujets concernés à leur conduite. Quels processus de professionnalisation et/ou d’émancipation ?

Numéro coordonné par :

Liliane Pelletier, Université Lyon 2, France.

liliane.pelletier1@univ-lyon2.fr

Xavier Conus, Université de Fribourg, Suisse.

xavier.conus@unifr.ch

Argumentaire scientifique

Sous diverses appellations, les recherches associant à leur conduite les sujets concernés ont une double visée compréhensive et transformative (Monceau et Soulière, 2017). Elles cherchent d’une part à accéder à une meilleure saisie d’une réalité au moyen d’une pluralité de regards et d’expertises. D’autre part, leur ambition est de produire des effets transformateurs sur les terrains d’enquête et émancipateurs pour les actrices et acteurs qui y participent. Ces formats participatifs supposent de créer la possibilité d’espaces intermétiers pour travailler aux carrefours de différentes logiques ; ils questionnent l’accessibilité avec la diversité comme levier à la transformation ; ils peuvent apparaître comme des outils de compréhension des situations complexes et de formation des professionnelles et professionnels (Thomazet et Mérini, 2019). Les formes du “faire ensemble” et les façons de le conceptualiser sont toutefois diverses. Différents niveaux de participation peuvent être proposés, allant d’une collaboration limitée à une participation complète à chacune des étapes de la recherche (Haklay, 2015).

Ce numéro s’inscrit dans la continuation de réflexions menées sur les fondements épistémologiques et méthodologiques de telles recherches (Savournin et Pelletier, 2025). À partir d’une diversité d’approches et de contextes, il vise à dresser un état des lieux des conditions par lesquelles ces formats de recherche sont susceptibles de développer des processus de professionnalisation et/ou d’émancipation chez les actrices et acteurs concernés. Ces effets sont explorés tant pour les personnes directement impliquées dans les collectifs de recherche que pour les actrices et acteurs concernés par l’objet des recherches menées.

Il est attendu des contributions qu’elles interrogent ces processus de professionnalisation et/ou d’émancipation au regard d’un des trois axes structurant le numéro :

  • L’axe 1 concerne les asymétries initiales en jeu inhérentes aux statuts et aux positionnements des personnes impliquées dans les collectifs pluricatégoriels conduisant ces recherches. Considérées comme fondatrices, ces asymétries doivent néanmoins être dépassées afin de permettre progressivement l’émergence d’une symétrie. Pour cela, les positions de savoirs respectives doivent être négociées en continu en vue d’oeuvrer au projet commun (Darré, 1999) au sein d’une zone de convergence prenant la forme d’un espace d’interculturation au sens de Clanet (1990) ou qualifié d’espace intermétier au sens de Thomazet et Mérini (2014). Si la condition première est de considérer que chacune et chacun a autant d’importance, cela suffit-il à garantir la symétrisation des savoirs et des positions ? Quelles autres conditions s’avèrent nécessaires ? Comment parvient-on à instaurer cette zone de convergence et à mettre en place une dynamique dans laquelle les différentes positions sont perçues sous l’angle de la complémentarité ?
  • L’axe 2 renvoie à la question de l’accessibilité qui constitue un enjeu clé dans l’idée de démocratisation du processus de recherche et de la production de savoirs (Monceau et Soulière, 2017). Elle nécessite de penser en continu les moyens de rendre accessible la recherche pour chacune des personnes engagées (Pelletier et Conus, 2025). C’est par ce processus d’accessibilisation qu’est rendue possible une appropriation des démarches et des savoirs coproduits. Quelles sont les conditions nécessaires à la mise en accessibilité de la recherche ? Quelle posture pour le chercheur ou la chercheuse (Morrissette, 2012) Quels processus d’appropriation observe-t-on au sein des collectifs de recherche ? En quoi les processus d’accessibilisation et d’appropriation participent-ils aux effets de professionnalisation et/ou d’émancipation ?
  • L’axe 3 concerne la place de l’étonnement comme levier potentiel de déstabilisation et de déplacement des regards. Pour que cet étonnement advienne au sein d’un collectif de recherche, cela exige une posture d’ouverture à la surprise et à l’imprévisibilité (Dastur, 2000). Dans une démarche d’enquête au sens de Dewey (1938/2006), il s’agit de partir d’une situation qui d’indéterminée, se transforme en une situation déterminée par de l’étonnement (Thievenaz, 2013) et une prise de recul construisant progressivement une intelligibilité de la situation nouvelle. Cela met en jeu des processus de réflexivité (Schön, 1993), à penser aussi bien de manière individuelle que collective (Bieler et al., 2020). Quelle place est accordée à l’étonnement dans une recherche qui associe les sujets concernés à sa conduite ? Quels processus réflexifs observe-t-on alors ? Quels effets identifie-t-on au niveau individuel et/ou inter-individuel ?

Du point de vue des approches, les contributions pourront privilégier une analyse des enjeux politiques et/ou institutionnels derrière les projets de recherche menés, en interrogeant les conditions d’émergence, de reconnaissance et de légitimation de ces démarches associant les sujets concernés. Elles pourront aussi explorer les fondements épistémologiques de ces démarches de recherche, et analyser comment elles contribuent à renouveler les manières de produire des connaissances utiles pour la recherche comme pour le terrain. En dernier lieu, l’approche retenue pourra favoriser une entrée praxéologique en examinant les aspects méthodologiques et en les discutant du point de vue de la dynamique du collectif et des personnes participantes. 

Enfin, le numéro veillera à accorder une place importante aux contributions donnant la voix à des actrices et acteurs habituellement peu entendus — jeunes, parents, personnes en situation de handicap, personnes issues de la migration, etc. — qui, par leur participation à des formats de recherche les incluant, se trouvent en position d’agir sur leur environnement aux côtés de professionnelles et professionnels. Dans les contributions, une attention sera portée à l’explicitation des contextes en jeu (institutionnels, territoriaux, culturels) et à situer les conditions spécifiques qui ont rendu possible l’implication de toutes et tous dans le processus de recherche.

Références bibliographiques :

Bieler, P., Bister, M. D., Hauer, J., Klausner, M., Niewöhner, J., Schmid, C. et von Peter, S. (2020). Distributing Reflexivity through Co-laborative Ethnography. Journal of Contemporary Ethnography, 50(1), 77-98. https://doi.org/10.1177/0891241620968271

Clanet, C (1990). L’interculturel. Introduction aux approches interculturelles en Education et en Sciences Humaines. Presses universitaires du Mirail.

Darré, J.-P. (1999). La production de connaissances pour l’action. Arguments contre le racisme de l’intelligence. Éditions de la Maison des sciences de l’homme et Institut national de la recherche agronomique.

Dastur, F. (2000). Phenomenology of the event: Waiting and surprise. Hypatia, 15(4), 178-189.

Dewey, J. (1938/2006). Logique : la théorie de l’enquête. Trad. par G. Deledalle (Logic: The theory of Inquiry). Presses universitaires de France.

Haklay, M. (2015). Citizen science and policy: A European perspective. The Woodrow Wilson Center/Commons Lab.

Monceau, G., Soulière, M. (2017). Mener la recherche avec les sujets concernés : comment et pour quels résultats ? Éducation et socialisation, 45. http://journals.openedition.org/edso/2525  

Morrissette, J. (2012). Quelques ficelles du métier de chercheur collaboratif. Recherches qualitatives, Hors-Série, 13, 5-19.

Pelletier, L., Conus, X. (2025). Défis et forces des asymétries au sein d’un collectif de recherche pluricatégoriel. L’accessibilité en jeu. Dans F. Savournin et L. Pelletier (dir.), La « recherche avec », vers de nouveaux savoirs pour l’éducation et les sociétés (p. 63-81). Cépaduès Éditions.

Savournin, F., Pelletier, L. (dir.) (2025). La « recherche avec », vers de nouveaux savoirs pour l’éducation et les sociétés. Cépaduès Éditions.

Schön, D. A. (1993). Le Praticien réflexif. À la recherche du savoir caché dans l’agir professionnel. Éditions Logiques.

Thievenaz J. (2013). Le rôle de l’étonnement dans la construction de l’expérience. Éducation permanente, 197, 113-123.

Thomazet, S., Mérini, C. (2014). Le travail collectif, outil d’une école inclusive ? Questions Vives, 21. https://doi.org/10.4000/questionsvives.1509

Thomazet, S., Merini, C. (2019). Vers une société inclusive : des liens nécessaires entre formation, pratique et recherche. La nouvelle revue – Éducation et société inclusives, 85, 103-120. https://doi.org/10.3917/nresi.085.0103

Calendrier envisagé :

  • Publication de l’appel à textes : 3 novembre 2025
  • Transmission des résumés (1 page 1/2) aux coordonnateurs.trices : 19 décembre 2025
  • Retour aux auteurs.trices sur les résumés : 10 janvier 2026
  • Invitation à participer à une journée d’étude autour des textes en construction : fin mars-début avril 2026 (date précise communiquée début janvier 2026)
  • Transmission des textes par les auteurs.trices aux coordonnateurs.trices : 31 mai 2026
  • Transmission des textes aux évaluateurs.trices : 15 juin 2026
  • Retour des évaluations : 15 octobre 2026
  • Transmission des évaluations aux auteurs.trices : 25 octobre 2026
  • Transmission des textes révisés aux évaluateurs.trices et aux coordonnateurs.trices : 15 décembre 2026
  • Relecture des textes par les coordonnateurs.trices et l’équipe de la revue Phronesis : 30 janvier 2027
  • Publication : Printemps 2027

Consignes aux auteurs :

Règles générales :

Les auteurs.trices intéressés sont invité.e.s à soumettre leur résumé pour le 19 décembre 2025 et à le transmettre aux coordonnateurs.trices du numéro :

Liliane Pelletier,

liliane.pelletier1@univ-lyon2.fr

Xavier Conus,

xavier.conus@unifr.ch

et simultanément à la revue Phronesis (en indiquant dans le message le titre du numéro thématique) :

info@revue-phronesis.com

Dans une seconde étape, et sous réserve que leur résumé ait été accepté, les auteurs.trices sont prié.e.s de soumettre leur texte dans deux versions : l’une anonymisée et la seconde non anonymisée.

Ils/elles sont invités à indiquer :

  • Le titre de l’appel à communication visé ;
  • Leur institution d’appartenance et laboratoire d’attache ;
  • Leur adresse électronique professionnelle exclusivement.

Ils/elles doivent vérifier qu’aucun élément présent dans le texte anonymisé ne permet de les identifier (références dans le texte et bibliographie, mais également dans certaines rubriques de Word [propriétés du document]). Il en est de même pour la transmission des tableaux, des schémas et des figures, qui doivent être transmis en fichiers séparés. Les auteurs.trices sont invité.e.s à indiquer pour toute soumission le titre de l’appel à communication visé (titre provisoire du numéro).

Pour tout message avec l’équipe éditoriale de la revue, merci de préciser dans le message le titre du numéro thématique.

Les textes sont transmis en format Word uniquement (sur PC ou Mac).

Les textes doivent respecter les normes de présentation de l’American Psychological Association (APA), dernière version et adaptées en français pour répondre aux normes linguistiques en usage : https://bib.umontreal.ca/citer/styles-bibliographiques/apa

La longueur de chaque chapitre sera de 80 000 caractères « max » (espaces compris), en excluant le titre, les résumés en français et en anglais, les mots-clés en français et en anglais et la bibliographie.

Les textes sont présentés à interligne simple.

La police de caractères utilisée est GARAMOND (taille 11) ou AVENIR (taille 11).

PRÉSENTATION DES FIGURES, SCHÉMAS ET DES TABLEAUX :

  • Les tableaux, figures ou schémas sont limités à un maximum d’un par article et par catégorie, autrement dit un tableau et/ou une figure et/ou un schéma par article. Un tableau, comme une figure ou un schéma, ne doit pas dépasser une demi-page. Un tableau, comme une figure ou un schéma, doit être lisible, légendé et référencé. Il en est de même pour les figures et les schémas. La légende doit être indiquée en dessous du tableau, de la figure ou du schéma.
  • Ils doivent être transmis en format JPEG, TIFF, PDF ou PNG.
  • Les auteurs.trices indiquent dans le texte l’emplacement des schémas, des tableaux et/ou des figures à insérer. Ils/elles les joignent en annexe dans des fichiers séparés et avec toutes les indications quant à la composition de ces documents.
  • L’équipe éditoriale de la revue se réserve le droit de supprimer tout tableau, tout schéma ou toute figure jugée illisible et susceptible de nuire à la compréhension de l’argumentaire.

HIÉRARCHISATION DES TITRES :

  • Trois niveaux de titre sont permis.
  • Numéroter les titres et les sous-titres afin de bien en préciser la hiérarchie (ex. : 1., 1.1., 1.1.1.).

FORMAT D’ÉCRITURE :

  • Utiliser l’italique uniquement pour les mots étrangers, termes latins et grecs et les titres d’ouvrages si ces titres sont référencés dans le corps du texte.
  • Utiliser le gras uniquement pour les titres et les sous-titres.

ÉCRITURE DES NOMBRES :

  • Les nombres de 0 à 10 (inclus) sont toujours écrits en lettres, que ces nombres soient au début ou à l’intérieur d’une phrase.
  • À partir de 11, les nombres sont écrits en chiffres dans les phrases ; s’ils sont au début d’une phrase, ils sont écrits en lettres.
  • S’il y a une énumération de plusieurs catégories évoquant des nombres différents dans une même phrase, tous les nombres sont écrits en chiffres.
  • Les nombres inférieurs à zéro, les fractions, les rapports et les pourcentages s’écrivent toujours en chiffres.

CITATIONS DANS LE TEXTE ET RÉFÉRENCES BIBLIOGRAPHIQUES :

Elles doivent respecter les normes APA 7e édition (version francophone sans esperluette) :

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Pour la bibliographie insérée dans le texte, il est demandé impérativement qu’elle ne soit pas articulée ou liée à la bibliothèque numérique de l’auteur.trice.

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